• Cindy

Péripéties d'une maman solo, épisode 5 (De l'autre côté du mur...)

Jeudi 11 février 2021


Cher Journal, C’est dingue comme la vie te réserve parfois des surprises (bonnes ou mauvaises !) et prend des directions auxquelles tu ne t’attendais pas… Je suppose que ça fait partie du jeu, pas vrai… ? Si on m’avait par exemple dit à l’époque que je finirais divorcée et maman solo (et si rapidement !), eh bien, je n’y aurais pas cru ! Mais voilà, le destin t’ouvre parfois de nouveaux chemins, t’envoie vers de nouvelles aventures. Il y a un an et demi, j’ai décidé de prendre une pause carrière de mon métier d’enseignante pour me lancer en tant qu’indépendante. Le grand saut ! Cela faisait plusieurs années que j’y pensais, que je sentais qu’il était temps pour moi de passer à autre chose, mais que je n’osais franchir le pas et tentais plutôt de contourner le problème. En gros, j’évitais de regarder le mur en face. Après tout, avais-je vraiment envie de passer de l’autre côté ?! Qui me disait qu’il ne restait pas quelques Marcheurs Blancs égarés dans les parages ?! (Oh ! Pas folle la fille !) Lorsqu’on est maman solo, on a beau se dire qu’on va pas pouvoir enseigner pendant vingt-cinq ans encore (vingt-sept ? Vingt-huit ?! Trente ?!?), on peut pas non plus tout lâcher pour partir vivre d’eau fraîche ! Seulement voilà. L’année scolaire 2018 – 2019 a été pour moi une sorte d’électrochoc, et mon corps m’a fait comprendre que j’étais bien gentille, mais qu’il allait quand même falloir passer de l’autre côté un jour ou l’autre ! J’ai donc dû me résoudre à lever les yeux et y faire face, au fameux mur.

J’ai passé vingt ans dans l’enseignement. Purée. Vingt ans. Ça m’a l’air énorme, quand j’y pense !! Comment est-ce possible ?! Hier encore, on se prenait des fous rires avec mes potes au cours de chant, à l’école normale, au rythme de comptines pour enfants que l’on devait jouer sur nos mini-pianos électroniques. (Oui, oui, on chantait à tue-tête « Kumbaya » et on dansait au rythme de « J’ai vu le loup, le renard et la belette » !) J’avoue que ces dernières années ont fait l’objet de beaucoup de remises en question. Ça commençait à coincer. Le plaisir des moments passés avec les élèves ne compensait plus les côtés moins drôles, répétitifs. La flamme sacrée et les illusions de la jeune instit qui va changer le monde s’étaient affaiblies. (J’ai bien dit « flamme » ! Pas « flemme » ! Non mais, oh ! Les enseignants sont souvent mécompris...) Tu vois, j’avais un peu le sentiment d’être réduite à un « perroquet gendarme ». Bon, il est clair que le fait de passer d’une classe à l’autre n’a sans doute pas aidé (je travaillais à mi-temps depuis un moment, et donnais cours de néerlandais dans plusieurs classes), mais je pense que la passion du métier n’était tout simplement plus là. « Madâââââââââme, il m’a traitééééééééééé… » (Mais, il t’a traité de quoi ?) « Madâââââââââme, ch’sais pas c’qu’on doit fêêêêêêêrrrrr… » (Mais, tu n’as pas entendu que cinq de tes camarades viennent de poser la même question ?) « Madâââââââââme, il a sonnéééééééé… » (Mais, tu as vraiment cru que je n’avais pas entendu ?) Oh, doux silence à mes oreilles… Pourtant, je les adorais, ces loulous ! Seulement, une fois que la flamme s’est éteinte, eh bien il est difficile de la rallumer. C’est comme à Koh-Lanta. La sentence est irrévocable ! (Hé, il paraît que ça reprend bientôt ! Oh yes !!) Bref. Je pense avoir apporté énormément aux petits (et grands) bouts qui ont croisé mon chemin, j’ai tout fait pour les aider et les protéger du mieux que j’ai pu, et ils me l’ont bien rendu. J’ai d’ailleurs encore des contacts avec certains anciens élèves ! Pour te dire, j’ai même été invitée, il y a quelques années, au mariage d’une de mes premières élèves ! (Mariage ?! Il y a quelques années ?! Rhooo, je suis officiellement vieille !)

J’ai parfois l’impression que quand on est enseignant, il est mal vu de faire autre chose… Que tu dois vivre avec l’école matins, midis, soirs et week-ends pour être une instit digne de ce nom. Que certains te regardent de travers si tu émets l’hypothèse que peut-être, tu ne feras pas ce métier toute ta vie. Ou si tu prends un mi-temps pour te consacrer à d’autres activités professionnelles, ce qui était mon cas. Seulement voilà. Je n’ai jamais pu me limiter à une seule activité professionnelle, à un projet unique. Il y a trop de choses à faire et à découvrir, trop de monde dans ma tête ! Une équipe de jour et une équipe de nuit, qui se relayent sans cesse ! Autant te dire que je ne m’ennuie jamais… Je te raconte pas le nombre de soirs où une idée géniale pointe son nez alors que je viens de poser la tête sur l’oreiller. (Vive les carnets sur la table de nuit et les notes sur le téléphone !) Le truc c’est que j’adore entreprendre de nouvelles choses, imaginer, créer. (Rêver ! Car oui, très cher Journal, un jour, mon roman sera adapté au cinéma ! Hé, hé !) J’ai développé des projets assez variés (ou qui partent dans tous les sens, selon le point de vue !) : vendre des biscuits et pralines aux restos (j’ai suivi une formation de chocolatière/pâtissière en cours du soir au début de ma carrière d’insit), organiser des événements bien-être dans des musées, créer un site de vêtements de sport pour femmes, donner des cours de Spinning, et aussi, écrire, écrire, et encore écrire (des nouvelles, un roman, des chroniques…) ! J’ai rêvé de pouvoir en vivre un jour, mais au moment où j’ai décidé de demander ma pause carrière, j’étais loin de gagner ma vie avec ces activités. J’ai donc pris le mois de septembre 2019 pour pleurer un bon coup et m’apitoyer sur mon sort (oui, c’est permis, merde !), en mode « Mais putaaaiiinnn-aaaiiiinnn-aaaainnnn, qu’est-ce que tu as faaaaaiiiiitt-aaaiiiit-aaaiiit ?!? » Puis j’ai respiré un bon coup, et fait le point sur ma situation. Après tout, ils étaient là, tous ces projets, et ceux qui étaient encore d’actualité me rapportaient un peu d’argent. Il était tout à fait possible de les faire passer à la vitesse supérieure. Alors, c’est ce que j’ai fait.


J’en ai chié (oui, tu sais, tous ces trucs admins qu’on déteste parce qu’on sait pas ce qu’on doit demander et à qui on doit le demander…), je me suis accrochée, et j’ai enclenché la cinquième… J’ai annoncé ce pivot haut et fort, ce qui m’a permis de décrocher mes premières missions officielles en tant que nouvelle freelance.

Je me suis investie à fond dans l’écriture, en évoluant dans différentes sphères : rédaction d’articles, de newsletters, correction de textes écrits par d’autres, tout en me donnant du temps pour mes projets d’écriture perso (… adapté au cinéma, je t’ai dit !). J’ai commencé à travailler pour une plate-forme d’écriture pour les enfants. J’ai continué à donner des cours de Spinning et à travailler sur mon site de vêtements de sport, même si je n’y investis plus trop de temps pour le moment. (Ah ! T’as vu, je parviens quand même à cadrer un peu mon équipe interne !) C’est encore fragile (surtout avec le Covid qui est venu s’en mêler !), mais je sens que les bases se solidifient et que je gagne en expérience… Et tu sais quoi ? Eh bien, je suis fière. Oui, fière d’avoir franchi le pas. Bien sûr, ce statut d’indépendante est flippant, car tu n’as aucune certitude financière. Mais qu’est-ce que j’aime écrire. J’écrivais depuis toujours, sans parvenir à croire qu’il était possible d’en vivre, à moins de s’appeler JK Rowling ! Et pourtant, c’est ce qui m’arrive, et j’espère de tout cœur pouvoir continuer dans cette voie. Je sens que cela me convient mieux, même s’il y a des hauts et des bas, comme dans tout métier. Et puis, j’aime aussi cette liberté d’horaire ! J’aime pouvoir aller déposer mon fils à l’école et revenir petit-déjeuner à l’aise après, tout en commençant à vérifier mes mails et planifier ce que je devrai faire ce jour-là. J’aime pouvoir me dire que si j’ai passé une nuit de merde (si l’équipe de nuit a fait des siennes, par exemple), je pourrai faire une petite sieste dans l’après-midi pour repartir plus en forme après… D’un seul coup, je me suis à nouveau sentie alignée avec mes activités professionnelles… Je n’avais plus ressenti ça depuis longtemps, et ça m’a fait beaucoup de bien, même si je me sens encore parfois épuisée.


J’espère pouvoir un jour augmenter la partie « littéraire » des textes que j’écris. Pouvoir publier certaines chroniques, retrouver une bonne maison d’édition pour mon roman. (C’est en cours !! Croise quelques doigts pour moi !) J’ai le sentiment de renouer petit à petit avec ce rêve de jeunesse, que j’avais laissé tomber sans vraiment me battre. Je vais tout donner pour y parvenir ! Je sais qu'il y aura encore des ravins et des montagnes à franchir, mais je ne lâcherai rien... (Et puis, tu seras le premier averti si une bonne nouvelle tombe, hein, promis !)

Xxx

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© 2020 Cindy Latouche

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