• Cindy

Maman, j'ai pas raté l'avion !


Mercredi 2 mars 2022

Cher Journal, Les « surprises » de la vie ont encore frappé, il y a quelques semaines, rajoutant un combat supplémentaire sur le chemin. (Nan, y en avait pas encore assez…) Nous sommes le samedi 12 février, et c’est soir de match. L’équipe est motivée comme jamais, avide de vengeance suite à la rencontre catastrophique vécue sur le terrain adverse. Je suis en mode guerrière on-va-se-les-faire-gnark-gnark-gnark, à mille kilomètres de penser que la soirée finira aux urgences. J’aurais pourtant dû avoir la puce à l’oreille… Dès le premier quart temps, je me blesse au petit doigt suite à un contact un peu trop franc avec une autre joueuse. Je sens directement que la douleur est vive, mais je continue à jouer. (Wep, elles n'avaient vraiment pas été fair-play au match aller, et on voulait leur montrer de quoi on était capables !) Un peu avant la mi-temps, je pénètre dans la raquette pour aller à l’anneau, l’arbitre siffle une faute en ma faveur, et… crac ! (Crac !?!) Au moment où je me réceptionne sur le sol, on entend un horrible craquement au niveau de ma cheville. (Oui, beurk… car apparemment, il s’est entendu de loin.) Je ne comprends rien à ce qui vient de se passer. Une seconde j’étais debout, et la suivante à terre ! Impossible de me relever, je crève de mal. Mes coéquipières me portent hors du terrain, on met du froid, de la glace, mais soyons honnêtes, ça pue. (Pas mon pied, hein… Quoique, en plein match…) Je jette un œil à mon petit doigt qui me fait souffrir aussi : vu la couleur et la dimension qu’il affiche, il paraît évident qu’il n’est pas très en forme non plus… J’attends jusqu’à la fin du match, pour voir comment ça évolue. Je retire ma chaussure et analyse l’ampleur des dégâts (tant que tu ne vois rien, tu peux nier l’affaire, pas vrai ?!) Bon. C’est clairement pas joli, joli… Direction les urgences, mon père me dépose et je me prépare à une longue attente… (Programme de rêve pour un samedi soir !) Je regarde d’un œil mauvais chaque nouvelle personne qui arrive, espérant que son cas ne soit pas pire que le mien, et, après deux heures (oui, oui, ça va encore, j’en conviens), c’est mon tour. Le médecin observe ma cheville. Il me dit que oui, il entend bien que je parviens à poser le pied à terre, mais qu’il craint quand même que ce soit cassé. On m’emmène au service imagerie (c’est vachement vide, un hôpital, un samedi soir…). Radio de la cheville. Radio du petit doigt. Le radiologue me dit que c’est pas la peine de remettre ma chaussure. Super. Première bonne nouvelle de la soirée. Retour chez le médecin à l’étage du bas. « Voilà, madame, votre cheville est effectivement cassée. On va devoir vous plâtrer. Il faudra prendre un rendez-vous chez un chirurgien cette semaine, car c’est très limite par rapport à une opération. - Vous voulez dire qu’il faut sans doute opérer ?? - Oui. C’est la malléole. Si la fracture était plus haut sur la cheville, un plâtre suffirait sans doute, mais comme c’est une articulation, il faut que ce soit remis nickel, sinon vous serez embêtée plus tard. - … » Deuxième bonne nouvelle de la soirée. « Concernant le petit doigt, il y a un léger déchirement. Il faudra également voir avec le médecin s’il faut opérer ou non. - C’est une blague ? - Non, non. - … » Troisième bonne nouvelle de la soirée. Il m’installe pour me faire le plâtre. Pendant qu’il est occupé, j’entends tout à coup des cris d’un homme en provenance d’une salle à côté. Très rassurant et relaxant. Le médecin finit son plâtre, me dit qu’il faut attendre que ça sèche, qu’il revient dans une dizaine de minutes, et part dans la pièce du monsieur qui crie. Me voilà donc, allongée sur le ventre, culotte à l’air, la jambe gauche fléchie vers le haut (on m’avait pas dit qu’on faisait des abdos-fessiers aux urgences !!) à patienter, au son des cris du monsieur, me demandant si tout ceci est juste une grosse farce. (« On va vous administrer quelque chose, monsieur. - Rhaaaaaa ! - Ça va mieux, monsieur ? - Rhaaa ! - Et là ? - Rha. ») Le médecin revient, s’excusant d’avoir été plus long, mais que tout le monde était occupé avec ce monsieur qui s’est fait renverser par une voiture… Ah. (OK, j’avoue, il avait une meilleure excuse que moi…) Je reçois un superbe pantalon de l’hôpital (le jean ne passant évidemment plus), et il me place une attelle au doigt. Il m’explique ensuite que j’ai la grande chance de devoir me faire des piqûres dans le ventre pour éviter les risques de phlébite. (Quatrième bonne nouvelle de la soirée.) Que ce serait bien aussi de demander à « monsieur » (pas celui qui crie hein…) de remonter le pied du lit en mettant des bottins (ça existe encore, ça ?). Y a pas de « monsieur », connard. Ou alors des coussins dans le lit. On va faire ça, oui.

Mais. Que. Comment. Je venais juste faire mon p’tit match de basket, moi. Et là, en quelques heures, on m’annonce que : 1. C’est sans doute cassé. 2. C’est cassé, il faut plâtrer. 3. Il faudra sans doute opérer la cheville. 4. Et peut-être le petit doigt. 5. Que je vais devoir me faire des piqûres dans le ventre. 6. Que non, il n’est pas certain que je pourrai prendre l’avion dans deux semaines. (Cinquième bonne nouvelle de la soirée !!!) Me voilà donc, la jambe gauche dans le plâtre, le petit doigt de la main droite immobilisé avec une attelle, ma chaussure et mon pantalon coincés sous le bras, en train de clopiner vers la sortie en essayant : 1. de ne pas me gameller ; 2. de tenir ma chaussure et mon pantalon ; 3. de ne pas pleurer, là, tout de suite, devant tout le monde. Je pensais rentrer en taxi pour ne pas faire ressortir mon papa à cette heure tardive, mais je n’en vois aucun aux abords de l’hôpital. Il me reste cinq pour cent de batterie à tout casser. Je m’assieds sur un banc devant les urgences, avec mon splendide nouveau pantalon. Ça caille, mais là, j’ai juste besoin de prendre l’air (en vrai, je crois que je fais un peu pitié). C’est finalement mon père qui vient me chercher. (Mais qu’est-ce qu’on ferait sans eux, je te l’demande… émoji cœur cœur cœur.) Quand je rentre chez moi, il est minuit passé. Eh ben. Si on m’avait dit ça ce matin. Putain. Ça décoiffe. * Je découvre les joies de perdre complètement son indépendance et de ne plus pouvoir faire ses activités habituelles, moi qui en ai tellement besoin. C’est l’un des plus gros coups au moral de toute cette histoire !

J’obtiens péniblement un rendez-vous avec un chirurgien pour le mercredi. (Non, non, apparemment, ils ne gardent pas de créneaux spécifiques pour les urgences.) On me refait une radio et le verdict est sans appel : il faut opérer. En cinq minutes, c’est le branle-bas de combat : « OK, j’ai pu vous rajouter au planning des opérations de vendredi. (le médecin) - Euh… Vendredi, genre, dans deux jours ? - Oui, oui. - … (help) - Un rendez-vous avec l’anesthésiste cet après-midi à 15 h à l’autre hôpital, ça vous va ? (l’infirmière numéro 1) - Le PCR demain matin à 8 h 30, c’est bon ? (l’infirmière numéro 2) - Euh… (re-help) » J’explique qu’ils sont tous bien gentils, mais que, comme ils peuvent le voir, je ne peux pas conduire et que s’il y avait donc moyen de rassembler un peu les rendez-vous, ce serait pas mal. Bref, l’une des infirmières doit voir que ma tête se décompose. « Ça fait beaucoup à digérer en un coup, hein ? » Juste un peu. Elle m’emmène refaire mon plâtre en attendant que tous les rendez-vous soient fixés. Elle choisit de me faire un plâtre rose. Est-ce que j’ai une tête à vouloir un plâtre rose ?? (No comment.) Elle a sans doute cru que ça me remonterait le moral. (OK, j’avoue, un peu. Un plâtre de princesse, c’est sympa…)

Vraie bonne nouvelle : le médecin me dit que ça ne devrait pas poser de problème pour l’avion, à partir du moment où on fend le plâtre. (Moi je dis : go pour fendre le plâtre !) * Et puis, ça y est. Le vendredi arrive. Ils ont beaucoup de retard. Un peu avant 16 h, un infirmier vient me chercher. Je me dis : « Allez, c’est parti ! » Mais non. Il m’annonce qu’il y en a encore pour un petit temps. Qu’il y a eu des urgences. Il me propose de déjà me préparer et me mettre sur un lit : je serai mieux que d’attendre là. (Ce n’est pas tout à fait faux : je commence à ne plus savoir comment me mettre sur la banquette, en essayant tant bien que mal de garder ma jambe surélevée depuis des heures.) Ils viennent finalement me chercher peu de temps après. Je sillonne les couloirs, à nouveau quasi vides : je suis littéralement la dernière patiente. L’anesthésiste arrive. Le chirurgien suit de près. (Ce n’est pas celui qui était prévu à la base. Super. J’espère qu’il sait ce qu’il fait.) Il m’explique qu’il va poser une plaque et des vis. Que j’aurai une petite cicatrice. Et là, il me montre un écart d’une dizaine de centimètres avec ses doigts. Pardon, mais moi, quand on me parle d’une « petite cicatrice », c’est pas un machin de la taille d’une équerre aristo ! Par contre, lorsqu’il m’annonce qu’on laissera le plâtre deux semaines et puis que si tout va bien, on l’enlève, je l’aime tout de suite beaucoup plus. (Surtout que le chirurgien du mercredi m’avait annoncé six semaines !) Pas de problème non plus pour partir en avion. On verra même si on ne peut pas enlever le pâtre le vendredi suivant, juste avant de partir. Là, je tombe carrément amoureuse. (Il sait parler aux femmes, celui-là…) L’opération se déroule bien. Je ne suis pas sous anesthésie générale, mais juste le bas du corps. J’avoue que quand la machine se met en marche, qu’on me fait la péridurale, qu’on m’allonge, qu’on me pose le cathéter, qu’on me branche… je commence à stresser alors que jusque-là, je gérais plutôt bien. Je lève un regard digne d’un cocker mouillé vers l’anesthésiste : « Purée, tout ça pour un match de basket quoi… » Au bout de quarante-cinq minutes, la tête du chirurgien apparaît. « Tout s’est bien passé, madame. Je vous ai mis une plaque et sept vis. » Et hop ! le voilà qui part. L’assistant me recoud. On me débranche. On m’emmène dans la salle de réveil. Une fois que je parviens à bouger un peu l’une de mes jambes, on me met dans une « chambre d’attente ». Il n’y a plus que deux infirmières dans le service. L’une d’elles m’administre les antidouleurs et autres joyeusetés d’usage. Elle m’amène de quoi manger. (Oui, parce qu’en fait, je suis à jeun depuis la veille au soir…) Je sens bien qu’elles ont envie de rentrer chez elles. Que c’est vendredi soir. Que le week-end est là. Qu’elles viennent toutes les cinq minutes, le regard plein d’espoir. « Alors ?? » Alors, oui, tout commence à gentiment se réveiller, mais pas encore mes pieds. Sorry, moi je ne sens rien, y compris quand elle me dit : « Ah non ?! Vous ne sentez rien ? Même un petit peu ? Même quand je pince ici ? Parce que je pince fort, hein ! » Euh… Et de rajouter : « Mais c’est pas normal ça ! » Merci. À mon arrivée à l’hôpital, on m’avait annoncé un délai d’environ trois heures. Je suis là depuis une grosse demi-heure. Je ne m’inquiète donc pas plus que ça, surtout que je parviens déjà à bouger les jambes. Enfin. Disons que mes jambes bougent, mais pas forcément dans la direction commandée par mon cerveau. J’essaye de lever la jambe droite vers le haut et là, elle part sur le côté, à un angle auquel j’ignorais que la jambe était capable d’aller. (Heureusement, personne ne se trouve trop près à ce moment…) Franchement, j’aurais voulu faire ça en pleine possession de mes moyens, ça n’aurait pas été possible. « Oh, mais c’est super ça ! On va pouvoir se mettre debout ! » Alors. Euh. « On » ne sait pas dans quel monde vivent les infirmières, mais il me paraît assez évident qu’aucune personne normalement constituée ne pourrait volontairement exécuter un tel mouvement… Je veux leur faire plaisir, vraiment. Mais là, quand elles viennent à deux, guillerettes, en me disant qu’on va aller voir si ma vessie est réveillée et qu’elles ont l’air de planifier de me faire marcher jusque-là, je leur fais gentiment remarquer que je ne tiendrai jamais debout sur cette jambe. Déception sur leur visage. Petit à petit, je commence à retrouver quelques sensations dans mes pieds. Mais toujours aucune envie de faire pipi. (C’est dingue comme dans le monde médical, un acte anodin peut prendre une tout autre dimension…) L’infirmière finit par appeler l’anesthésiste qui lui dit qu’il suffit « juste » que je puisse tenir sur mon autre jambe. Bonne nouvelle pour tout le monde, car je ne trouve pas particulièrement agréable de les sentir si pressées de me mettre dehors. * Les premières nuits sont difficiles. Je crève de mal (quelle surprise). « On » sent que quelqu’un a planté des vis dans ses os. OMG. Au fil des jours, la douleur se calme, et j’attends le fameux rendez-vous du vendredi suivant. * L’infirmière enlève mon plâtre. Elle coupe tous les bandages. Retire le pansement qui recouvre la cicatrice. Et… rhoooooo. Spectacle d’horreur. Je suis choquée de voir ma cheville dans un tel état. C’est gonflé. C’est bleu, jaune, mauve, vert. La cicatrice est énorme et moche. Bref, c’est Elephant Woman.

(Non, non, ne me remercie pas pour cette superbe photo...)

L’infirmière n’est pas de cet avis puisqu’elle s’extasie devant l’état de mon pied une semaine seulement après l’opération. Le chirurgien arrive peu après, et il a la même réaction. Incroyable, comme c’est beau ! Euh, OK. Perso, je suis déprimée de voir ça, surtout que je sais à quel point je garde de grosses marques de mes cicatrices… Il me demande d’essayer de marcher dessus pour voir ce que ça donne (avec mes béquilles, of course). Et me voilà en train de poser mon pied d’éléphant à terre. Ils sont en admiration. Le médecin me demande si j’ai pris une autre chaussure avec. Ben non… Il se dit qu’on va quand même me donner une petite attelle, et je repars, allégée d’un plâtre énorme. ET avec l’autorisation de prendre l’avion le lendemain !! (Danse de la joie, cri de guerre, haka, roue arrière dans les couloirs de l’hôpital !) Il se moque gentiment de moi quand je lui demande si j’ai besoin d’une attestation si jamais je sonne aux contrôles. « Mais madame, c’est du titane, ça ne sonne pas. » J’aurai appris quelque chose… (Ça en jette un peu, non ? « Salut, je m’appelle Cindy, et j’ai une malléole en titane. »)

Truc de dingue. Je dois dire que dans mon malheur, je ne m’attendais pas à être sortie du plâtre deux semaines après ma petite visite aux urgences. Maintenant, je dois être patiente. (Hem, hem…) Je recommence à marcher en posant mon pied au sol. Ça va de mieux en mieux et la patte d’éléphant commence à reprendre forme humaine. On est arrivés à bon port à Biot et je parviens même à faire de belles balades : à la mer, dans les petits villages, au marché (mamy tantôt dans le fauteuil roulant, tantôt avec les béquilles). C’est un peu frustrant de ne pas pouvoir bouger librement et d’être dépendante (c’est pas vraiment dans mes habitudes), mais franchement, quand je me dis que quinze jours plus tôt, on m’annonçait que je ne pourrais peut-être pas partir… (On avait déjà prévu avec ma pote de descendre en voiture, au cas où ! Envers et contre tout, qu’on avait dit ! Il était hors de question qu’on ne puisse pas profiter de nos vacances !)



Encore une fois… une épreuve à prendre un pas à la fois, presque au sens propre du terme.


Allez, j’te laisse, je vois que j’ai déjà rempli un paquet de pages !


À pluche !


C.



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