• Cindy

Elina, mon deuxième bébé


Installe-toi confortablement, tout comme moi, à l’instant où j’écris ces premières lignes, enfoncée dans mon fauteuil, un plaid Snoopy et mon ordinateur sur les jambes, une tasse de chocolat chaud à portée de main (été comme hiver !), avec comme seul éclairage quelques lampes marocaines et des grosses bougies, déjà fondues. Bah oui, c’est comme ça qu’elles sont les plus belles. Une bougie toute neuve, c’est moche !

Mais ne nous égarons pas…

Tout commence avec… Harry Potter


Et oui !


J’ai toujours aimé lire. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été une ado dévoreuse de livres, qui enchaîne les romans les uns après les autres à une vitesse folle, mais j’aimais lire.


Lorsque je parcours les premières pages d'Harry Potter à l’école des sorciers, un nouveau monde s’ouvre à moi : celui des romans jeunesse.


Le premier tome de la saga du sorcier à lunettes sort en novembre 1998. (Elina sort exactement à la même date, quelques années plus tard… Coïncidence ? Je ne pense pas !) Je ne sais plus si quelqu’un me conseille le livre ou si je suis prise dans l’engouement général. Peu importe. Je le dévore. Je n’ai jamais éprouvé ce sentiment auparavant. Celui de ne pas pouvoir lâcher un bouquin, au point de rester des heures dans mon bain, à macérer dans une eau devenue tiède. (Non, l’image n’est pas très glamour, j’en conviens.)


C’est carrément addictif. J’en veux plus !


J’attends la suite avec impatience. Je ne vais pas jusqu’à faire la file à minuit devant les librairies qui ouvrent pour chaque nouvelle sortie d'un tome, mais j’achète les éditions originales, qui sortent avant les versions françaises, afin de connaître au plus vite la suite des aventures. Et tant pis pour les noms de personnages, de lieux, de sorts qui diffèrent, je m’y retrouve !


C’est une véritable révélation. Ce monde du roman jeunesse me fascine. Je découvre d’autres sagas dans la foulée, que je dévore avec passion (même si Harry Potter reste, pour moi, le number one. Chapeau bas, JK). Tous ces mondes imaginaires, décrits avec tant de véracité, me captivent. On y plonge. On s’évade. J'adore.


Ce genre littéraire reste d’ailleurs ma principale source de lecture. (Quand on aime…)

Un jour, je me dis : « Et pourquoi pas moi ? »


Harry est à l'origine d'un mouvement incroyable. Le Young Adult fait fureur, la plupart des best-sellers finissant au cinéma. (Je pense d’ailleurs embaucher Johnny Depp pour tourner dans le film qui sera adapté de mon roman (soupir de contemplation…), t'en penses quoi ?)

Petit à petit, les idées germent. Mon esprit créatif commence à imaginer ses propres personnages ; il les place dans des lieux, leur fait vivre des péripéties… Si tu as lu certains articles présents sur ce blog, tu auras compris que j’ai une tête qui bouillonne. En plus d’avoir une âme d’artiste. Et quand les deux se mettent à discuter entre elles, et bien, j'ai appris qu'il fallait les laisser faire. (Si je dérange…)

Je pose des idées sur papier. En vrac. Certains éléments de l’histoire, à mesure que les images me viennent. J’y consacre du temps, sans m’y investir plus que ça.

Peu après la naissance de mon fils, un déclic se produit. Je reprends de manière plus assidue la rédaction de mon roman. Je relis mes brouillons, mes notes (principalement dans des carnets, j’adore les carnets !). J’y mets de l’ordre. Je renoue avec le fil de mes idées. Je crée des fiches pour chacun des personnages principaux, avec leur passé, leur situation familiale, leur caractère. Je crée sur papier une énorme ligne du temps, détaillant tout ce qui se passe avant le début du récit. Je veux être certaine qu’il n’y ait pas d’illogismes ! Je peux ainsi m’assurer à tout moment que les flashbacks relatés dans Elina sont possibles. (Ah non, là, il n’aurait pas pu se rendre seul au village, il n’avait que six mois…) Un gros boulot !

Et puis, je me lance.


Je rédige les premières lignes. Pas dans un carnet, non… J’aime le papier et l’artisanal, mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin ! (Nous avons tous appris de Maurice, n'est-ce pas ?)

Au fil des mois, l’histoire prend forme. Les lignes se rajoutent. Le nombre de mots, de pages augmente. Les relectures s’enchaînent. Les détails s’affinent. Les hésitations se manifestent ! Comment l’histoire doit-elle se terminer ? Happy end ou… ?

Bien que l’histoire se déroule à une époque imaginaire, j’ai envie qu’elle se raccroche à un village qui existe. J’adore quand on peut imaginer les lieux.

Un reproche qui a été fait au livre est qu’on ne puisse pas le situer dans l’espace-temps, qu’on ne sache pas vraiment si c’est réel ou imaginaire. Je peux comprendre. Et je ne sais pas quoi répondre, car en effet, c'est imaginaire, mais la plupart des éléments pourraient être réels. L’ambiance rappelle le Moyen Âge, mais pas complètement. Tant pis. Personnellement, je ne trouve pas cela dérangeant. Je l’aime, ce petit monde que j’ai créé. Je m’y sens bien et je n’ai pas envie de le changer. Un ami m’a suggéré d’insérer une petite note, au début du roman, afin de clarifier cela. C’est une bonne idée. Ainsi, le lecteur sait qu’il part dans l’imaginaire.

Mais revenons à nos moutons. Je cherche donc un lieu. Je passe du temps sur internet à parcourir virtuellement les villages typiques de France (j'adore les villages médiévaux). Et soudain, il est là. Au détour des méandres de Google. Collonges la Rouge. J’ai un véritable coup de cœur pour ce village du Limousin ! Je décide de m’y rendre afin de m’assurer de mes propres yeux que ce village sera bel et bien le berceau de mon roman… (Ben oui, quand même !)

Ni une, ni deux, je réserve mes billets de train, ainsi qu’une chambre d’hôte, au cœur du village. Je ne suis pas toujours à l’aise quand je voyage seule vers un endroit que je ne connais pas, mais deux changements de train, et un court trajet en voiture plus tard, j’arrive à destination.


Et c’est magique.

(Oui, c'est bien moi, j'avais les cheveux longs avant !)

Non seulement le lieu est sublime, mais j’ai l’impression d’être une « vraie » écrivaine. On a tous en tête l’image de l’écrivain qui peut se consacrer entièrement à sa passion, se réfugier dans sa petite maison de campagne face à un paysage magnifique et finir son texte en trois mois. (On est aussi tous d’accord qu’à quelques exceptions près, cela n’existe que dans les films.)

À ce moment précis, c’est ce que je ressens. La chambre d’hôte est située un peu en dehors du centre du village, au calme. L’accueil y est chaleureux, et encore plus lorsque j’explique la raison de mon séjour. Je sillonne les rues, armée de mes carnets et de mon appareil photo. Je visite le moindre recoin, je veux fouler chaque rue sans aucune exception ! Je m’assieds sous un arbre, sur la place centrale et prends des notes. Je flâne, le soir venu, dans les ruelles éclairées de guirlandes à grosses ampoules. Je suis sur un petit nuage. Je n’ai plus aucun doute.

C’est ici que se déroulera Elina.

Collonges est rebaptisée « Le Rouge » dans mon roman. Mais c’est bien elle.

Trois ans plus tard...


Eh oui, le chemin est long. Il me faudra plusieurs années pour finaliser ce projet.

Après avoir relu mon texte un nombre incalculable de fois, il est temps de passer à l’étape fatidique. Celle tant attendue/redoutée par la plupart des auteurs novices. Celle que l’on repousse, car on ne sait pas comment l’aborder !

La recherche d’une maison d’édition.

Ça, c’est une autre paire de manches. Comment s’adresse-t-on à une maison d’édition ? Qu’est-ce qu’on leur dit ? L’écriture est bien souvent une mise à nu et il n’est pas évident d’aller frapper aux portes, son précieux manuscrit sous le bras…

Je commence par faire la liste de toutes les maisons d’édition jeunesse que je connais. Je parcours avec attention les rayons des librairies et j’en découvre de nouvelles, qui proposent du Young Adult. Je me rends sur le site de chaque maison, afin de découvrir les démarches. Certaines affichent clairement le procédé. D’autres pas. Certaines acceptent le format numérique, d’autres exigent l’envoi papier.

Finalement, je me lance. Je fais des listes, des tableaux Excel. Je fais imprimer mon manuscrit. (J’ai l’impression de revenir « quelques » années en arrière, lorsqu’on devait imprimer son travail de fin d’études !) Je recherche la poste française la plus proche de la frontière afin de m’y rendre pour envoyer tous les manuscrits dédiés aux maisons d’édition françaises ! C’est que, Elina fait une belle taille et les frais d’envoi depuis la Belgique ne sont pas des moindres ! Un chouette souvenir d’ailleurs, cette expédition en France, accompagnée de ma belle-sœur.

Mais voilà. La réalité me rattrape vite. Je n’ai pas la chance d’avoir de contacts privilégiés avec les maisons d’édition et j'essuie de nombreux refus. Je ne lâche pas, cherche d’autres éditeurs. Malheureusement, le monde de l’édition fonctionne beaucoup par contacts. La branche de l’édition jeunesse est particulièrement fermée. Je finis par tomber sur Edilivre, qui accepte de publier mon roman. L’euphorie des premiers moments retombe vite, quand je me rends compte qu’il s’agit d’une plate-forme d’impression et non d’une réelle maison d’édition.


Je n’ai plus la patience d’attendre.

Mon rêve se matérialise enfin lorsque je tiens le premier exemplaire d’Elina entre les mains.

Ça y est. Elina existe, de papier et d’encre. Je peux le ranger dans ma bibliothèque, à côté d’Harry !! (Truc de dingue !)

Une séance de dédicace est organisée au Cook & Book. Ce souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire. Mes amis et mes proches font la file pour se procurer un exemplaire dédicacé. Je n'en reviens toujours pas du nombre de personnes qui se sont déplacées !! On organise même un mini-concert pour animer l'événement. L’espace d’une après-midi, je me sens dans la peau de JK Rowling…

Une journée unique.



Dans les premières années qui suivent la publication d’Elina, je participe à plusieurs salons, dont la Foire du Livre de Bruxelles.


Les retours que je reçois sont incroyables, cela me fait chaud au cœur. Les lecteurs (y compris ceux que je ne connais pas !) prennent plaisir à lire mon roman. On me dit qu’une fois qu’on est plongé dans l’histoire, on ne peut plus s’arrêter. C’est l’un des plus beaux compliments que l’on peut recevoir en tant qu’auteur.

"Ce livre est écrit en toute simplicité. Grâce à cette fluidité, on ne peut quitter ce livre que lorsqu'on a lu la dernière page. Ce livre est excellent pour un genre Young Adult. On vit ce que ressent le personnage, c'est comme si on y était. Les phrases sont simples, claires et précises. Rien à redire."
"Sébastien et moi avons terminé Elina. On a adoré. Il dit que c’est le meilleur livre qu’il ait lu !"
"Je dois dire que dès le début j'ai été prise dans l'histoire grâce à la plume fraîche et agréable de Cindy Latouche. Les personnages sont de suite captivants et les liens qui les attachent nous les rendent encore plus proches."
"C'est donc un superbe roman que je viens de terminer et dont j'ai hâte de suivre un jour la suite. Tant la plume de Cindy Latouche que l'histoire en elle-même m'ont tenue en haleine. J'ai vécu avec ces jeunes gens pendant toute ma lecture."


Une petite colonne sort dans le supplément Week-End du Vif Express.


La seule ombre au tableau (et elle n'est pas des moindres) reste Edilivre. Leurs ouvrages ne sont pas distribués en librairie. Les frais de port qu’ils demandent pour livrer en Belgique sont ridicules. Je ne peux donc pas promouvoir correctement mon roman. Par manque de temps, je cesse de m’y investir et Elina ne vit que par les personnes qui en entendent parler, et qui le commandent directement chez moi.

La vie nous emporte, et des soucis « plus importants » prennent le dessus. Régulièrement, je me dis qu’il faut que je récupère mes droits d’auteur, que je me remette en recherche d’une maison d’édition. Ou que je parte en auto-édition. Et puis les semaines passent, les mois, les années.

Il y a une semaine (j’écris ces lignes en mai 2020), je prends enfin le temps d’envoyer un recommandé à Edilivre pour récupérer mes droits. (Quand on dit que le confinement a du bon...)

Dans trois mois, Elina sera libre et je pourrai le rééditer ! Je pense retenter ma chance auprès de quelques maisons d’édition (d’ailleurs, si le responsable des éditions Hachette Jeunesse ou Gallimard est ton meilleur pote…), même si je n’y crois pas trop. Je me renseigne également sur la deuxième option, l’auto-édition.

On verra !

Une chose est certaine, je vais faire revivre mon roman, et le sortir de l’ombre où il est actuellement plongé, parce que merde quoi, lui aussi, il le vaut bien !


Affaire à suivre donc…

PS : Pour les amateurs, il me reste quelques exemplaires...

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© 2020 by Cindy Latouche

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